Horschamps

Hors Champs, au départ, ça ne s’appelait pas Hors champs, ça s’appelait Visites, mais bon, on a changé en cours de route.
C’était la deuxième année d’un projet d’action culturelle sur le quartier Palente – Orchamps, à Besançon.
La première année était consacrée à la mémoire. Cette année là, l’année 2004, devait être consacrée aux rêves, aux aspirations.
Et puis on s’est retrouvé confronté à des gens qui nous ont dit qu’ils ne pouvaient plus rêver mais qu’ils avaient quand même envie de parler et surtout qu’on les écoute.
Nous avions comme partenaire  la MJC de Palente, justement. Nous sommes allés à la rencontre d’habitants du quartier en essayant de privilégier ceux qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre. On a passé du temps avec eux, du bon temps même et puis on a enregistré nos conversations, et puis on a retranscrit ces conversations sur du papier et puis on a donné ce papier à un auteur, Yves Reynaud. Une vraie rencontre, encore une.
Il nous disait alors, je cite : « J’ai passé la moitié de ma vie à essayer de devenir un professionnel, et je passe la seconde moitié à tenter de redevenir amateur ». Donc, Yves nous a écrit des textes à partir de ces conversations et on en a fait des saynètes.
Ces saynètes, on les a joué, dans une salle de classe dans le cadre de soirées qu’on a appelé par la suite « des soirées aspirat’heures ».
A un moment, on préparait des gauffres, à un autre on discutait avec des gens qui étaient là, et à un autre, on allait sur la scène, un carré de 5 mètres sur 4 en fait, délimité par du scotsch blanc.
Il y avait une vraie mixité : des vieux des jeunes des pauvres des riches, des politiques, des gros des maigres, des arabes, des Bourguignons… Et ça causait, ça se racontait, tout simplement par ce qu’il y avait un espace pour. Et nous, on a commencé à se dire que le théâtre, quand il arrête de se prendre au sérieux…c’est vachement bien, c’est comme une grande respiration, c’est comme… s’il jouait enfin son rôle.

Y a pas de mots.

Et puis on a monté Hors Champs.
Ce spectacle, on le défend coûte que coûte, d’abord parce qu’il est bien et ensuite parce qu’on n’oublie pas d’où il vient.

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