Le polar est sans doute l’une des formes littéraires les plus populaires. A quoi attribuer cette popularité ? Le polar enracine l’intrigue criminelle dans une réalité sociale. Il met en lumière la frange de notre société, des personnages fêlés, cassés, une humanité perdue,

« … des personnages suspendus entre l’éternité et la poubelle…” T. Kantor.

Dans le polar, nous sommes à la jetée de notre civilisation occidentale, là où les dérèglements se font jour, les rapports de force, les déchirements s’intensifient. Nous sommes bien loin de cet univers tiède et lisse, de ce monde propret, où s’ébattent de joyeux consommateurs .
Tout en étant facile d’accès, le néo-polar interroge notre monde à la dérive, une société qui secrète de plus en plus d’exclus.
A la manière du théâtre antique, il met en branle nos noirceurs, nos instincts les plus refoulés. Il crée le choc et la fascination. Par procuration, il met en jeu notre enfer, nous pousse à la catharsis, il agit comme une purge, un lavement.

 « Petites misères etc. « est une adaptation de “L’Affaire N’gustro” de Manchette. Elle met en jeu la vie et les fantasmes d’un facho ordinaire. Ce livre  nous dévoile un monde basé sur les rapports de force et la concurrence, où chacun est à tour de rôle bourreau et victime.

Oufiri et Jumbo, deux hauts dignitaires africains, projettent de renverser leur président. Anne, sa maîtresse, est chargée d’organiser l’assassinat.
La tentative échoue suite à l’intervention d’un homme : Henri Butron, l’ancien amant d’ Anne, qui voit ici un moyen de passer enfin à la postérité.
Passé l’instant de gloire, Butron est enlevé et séquestré dans une cave par deux hommes de main d’Oufiri , Louis et Raymond.
Prisonnier de sa cave, Butron se repasse le film de sa vie, à la recherche de ce moment précis où elle a dérapé.

Le polar est une forme, qui n’est que très rarement exploitée au théâtre, même si l’on peut considérer Œdipe -roi comme le tout premier polar.  Au cinéma, à l’inverse, ce genre foisonne, les films policiers sont légion. Le cinéma a sans doute plus de facilité à mettre en jeu l’action, il déploie une multitude d’espaces, joue sur le rythme des plans, le mouvement de la caméra, fait des ellipses de temps. Au cinéma, on est dans le miroir du réel. Au théâtre on est bien souvent prisonnier d’un espace unique, d’une volonté de réalisme. La force du théâtre n’est pas de plagier une réalité mais de la suggérer, de faire appel à notre imaginaire de spectateur. Le théatre donne à voir les affrontements humains, sans nous prendre au piège de l’illusion du réel.

A la manière des pièces expressionistes de Strindberg, nous donnons à voir le petit théâtre intérieur d’un homme en proie à ses peurs, les divagations d’un petit qui voulait être grand. Un monde d’hallucinations. Nous donnons corps à cette mémoire morcelée, à la dérive, où les souvenirs se muent en cauchemars, se rebellent, accusent leur propriétaire, le poursuivent et le harcellent. Nous visitons cet esprit en charpie, dévoré par la soif et l’angoisse.

Nous passons du cauchemar à la boufonnerie, du jeu réaliste au jeu clownesque. Nous sommes tantôt récitants et tantôt acteurs, à la manière du théâtre antique, chefs d’orchestre de faits passés.
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