Piqûre d’amour

La compagnie Gravitation met l’amour en orbite!…

C’est avec un charme, un sens de l’attention et une délicatesse infinis que les comédiens et comédiennes de la compagnie Gravitation ont incarnés vendredi soir au Bistrot de la Scène les témoins privilégiés des petits et grands secrets de nos histoires amoureuses. Au programme, plus de deux heures de régal littéraire, humoristique et musical, jouant énormément sur la complicité entre un public intelligent et une scène éclatée, disséminée dans tout l’espace du Bistrot. L’amour, on en parle ici relativement crûment. L’amour, pour nous autres êtres humains, passe généralement en effet par des relations d’ordre sexuel. Pour autant, la poésie et la sensibilité ne s’absentent à aucun moment des prestations saisissantes des artistes de la compagnie Gravitation. L’amour, c’est grave, mais ce peut être aussi un sujet léger. L’incarner, c’était le défi. On peut le dire aujourd’hui brillamment relevé! «Ah, si elle pouvait n’être pas là, pour que je puisse seulement lui reprocher de n’être pas là», déclare l’un de ces brillants comédiens aux prises avec les affres d’une attente amoureuse déçue. La formule est tellement juste! Et notre homme de conclure : en quoi consiste donc l’identité fatale de l’amoureux? Je suis celui qui attend»… Mais l’originalité de la prestation de la compagnie Gravitation, c’est aussi d’éclater, de consteller le texte entre plusieurs tables de spectateurs qui choisiront chacune leurs textes, leurs acteurs et actrices. Le comédien se trouve ainsi au plus près de son public, à une distance où la proximité se fait résolument confidence, et intimité. Écoutons ainsi, sur le registre choisi de l’incandescence, l’une de ses histoires, belle, drôle et triste à pleurer de la relation privilégiée qui s’est un jour instaurée, tout doucement, entre une garde‑malade et son protégé, le fragile Georges, qui déclare ainsi à Célestine : Tu es mon poème tu temps avant de succomber à un supplice atroce dans la plus atroce des voluptés C’est signé Octave Mirbeau, et c’est très, très beau. Les textes sont en effet servis par la magie, le sens de la métamorphose de ceux à qui revient la tâche de les dire, de les porter à l’être, et à l’émotion. C’est, répétons‑le, extrêmement réussi, fin et prenant. Drôle et triste comme cet ultime dialogue : «Dis‑moi un mensonge … » Je t’aime
Florent LHUISSIER

Bien publique

Mise en scène de Jean-Charles Thomas
avec Max Bouvard, Anne Laure Bretin, François Cailleteau, Olivia David, Marlène Prudhon, Fabien Thomas, Nadège Viard, Virgil Mergniat, Myriam Winkler et Izabella Suchorzewska (jeu); Catherine Michel (chants)   et  Olivier Raffin (piano).