Zone Optimum de Bonheur

une approche géographique, culturelle et artistique d’un territoire

Une Zone Optimum de Bonheur est un audit sensible et poétique d’un territoire, qui se met en jeu au travers de divers outils artistiques : vidéo, musique et théâtre. C’est une action qui, à partir d’une mosaïque de témoignages, d’une mise en images et en musique, et de reconstructions théâtralisées, met en lumière ce qui fait la force d’un territoire.

Notre hypothèse est simple : la Zone Optimum de Bonheur est ce qui fait culture. Culture, dans le sens que la sociologie donne à ce terme, à savoir ce qui est « commun à un groupe d’individus »,  « ce qui les soude », c’est-à-dire ce qui est appris, transmis, produit et créé. La culture n’est pas simplement une affaire d’arts, de lettres et de sciences, mais englobe aussi les mode de vie, les systèmes de valeurs, les traditions  et les croyances.

Dans un monde où les valeurs sont essentiellement économiques, nous partons à la recherche de ces valeurs moins visibles, qui constituent la culture d’un territoire et de la façon dont elle s’élabore au cours du temps.

L’optimum de bonheur que nous recherchons, loin des bien-être à la carte qui peuplent les publicités, réside dans ce qui nous lie, nous met ensemble, ce que nous partageons en termes de valeurs, d’histoires, de représentations, d’idéaux. Il forme un espace d’utopie dans lequel des gens imaginent, se projettent, agissent ensemble.

En s’appuyant sur cet audit sensible, nous créons un espace de rencontres artistiques, nous faisons émerger des lieux d’imaginaire où le vécu, l’expérience de chacun se rejoue de façon poétique. En prenant appui sur les témoignages que nous avons filmés et des visions multiples que nous avons recueillies, nous proposons aux habitants de prendre place dans une œuvre de fiction qui se construit en lien avec les compétences artistiques du territoire.

Cette approche géographique, culturelle et artistique est ce qui fait la particularité de l’action que nous menons. La ZOB est à la fois un concept et une action qui se déroule en plusieurs phases et s’ancre dans un savoir-faire propre à notre compagnie. Les différents territoires, sur lesquels nous avons agi, de par la diversité de leurs habitants et des problématiques qu’ils recouvrent ont été pour nous des terrains de jeu et de prospection qui ont nourrit notre pratique et enrichi nos façons de voir et de faire. La Zone optimum donne une vision,  d’un écosystème humain en mouvement avec les tensions et les possibles qui y sont à l’œuvre.

Déroulé d’une ZOB :

un projet en plusieurs étapes

La Zone Optimum de Bonheur est un projet collectif qui se joue  en plusieurs phases dont l’objectif est d’intéresser les habitants, de leur donner des rôles afin qu’ils deviennent les porte-parole de leur territoire. Dans un premier temps (Immersion), nous nous immergeons dans la réalité d’un territoire. Cette première phase donne lieu à une veillée aspirateur, une soirée au cours de laquelle nous donnons à voir ce que nous avons « aspiré » : des séquences filmées qui ouvrent sur des échanges 

A partir de ces échanges, nous passons à une seconde phase de tournage (Composition), qui nous permet à la fois de réajuster le projet, de l’élargir vers de nouveaux publics, et de chercher des lignes de forces et des points de jonction entre les différentes séquences filmées.

Elle finit par une nouvelle veillée, où se mêlent film et chansons écrites à partir des témoignages. Au cours de ce temps fort, nous proposons aux participants de s’inscrire dans la dernière phase du projet (Fiction) : une fiction scénarisée que nous avons élaborée à partir des réalités qui nous sont apparues. Le tournage de ces scènes fictionnelles offre un espace de participation aux personnes et aux différentes associations présentes sur le territoire.  Cette dernière période se clôt par une fête où se mêlent théâtre, cinéma et musique, un moment convivial où chacun a un rôle à jouer.

Acte 1 

Scène 1 : Immersion

En lien avec la structure qui nous accueille, nous réunissons un petit groupe d’habitants, qui seront les ambassadeurs du projet. Ensemble, nous traçons l’identité du territoire, une sorte de portrait-robot: son périmètre, son histoire et ses évolutions, ses activités économiques, son tissu associatif, sa gastronomie, ses lieux de vie et de rencontre. Avec eux, nous élaborons une sorte de jeu de sept familles : des habitants qui représentent, chacun à leur façon, une facette du territoire. Nous construisons une sorte de casting qui épouse les différents contours du territoire qu’ils ont mis à jour.

Nous établissons un plan de tournage avec les personnes désignées par les ambassadeurs. L’enquête commence, elle agit comme un bain photographique, au fur et à mesure des rencontres une image se fait jour. Parce que nous ne sommes pas d’ici, des paroles se libèrent. Nous faisons de notre méconnaissance une force, étranger mais curieux, dégagé de tout préjugé, notre image du territoire se construit en fonction de ce que les gens nous en disent. D’une rencontre à une autre nous percevons des écarts qui suscitent chez nous de nouvelles questions. Au fil des interviews nous Nous faisons rebondir la vision des uns sur les autres, nous creusons notre sillon,. Au bout de quelques jours nous ne sommes toujours pas d’ici mais nous ne sommes pas complétement des étrangers, nous avons un lien plus affectif au territoire, nous comprenons son histoire et le jeu de relations qui s’y tissent.

Scène 2 : Une veillée aspirateur

A la fin de ce premier temps de l’enquête, nous proposons une veillé aspirateur, un temps fort, durant lequel nous montrons un premier montage brut de ce que nous avons filmé.

Au travers du montage, du choix des séquences, nous privilégions ce qui fait la singularité et l’intimité de chacun. Le film opère comme un dévoilement dans lequel des rapprochements se jouent entre ceux qui regardent et ceux qui sont représentés, elle permet à la fois de conforter la parole de chacun et de s’ouvrir sur les diversités et les similitudes à l’œuvre Elle donne une compréhension plus concrète des objectifs qui sont à l’œuvre. Elle ouvre sur un dialogue entre nous et les participants, elle crée un climat de confiance et de complicité qui nous permet d’aller vers une vision approfondie des rapports complexes qui se jouent au sein du territoire. Cette veillée est essentielle, elle permet à chaque participant d’appréhender la démarche, et d’en comprendre les modalités, afin dans un second temps d’en être les ambassadeurs.

Acte 2

Scène 1 : La Composition

Suite à ce travail, nous avons besoin de revoir certaines personnes, de poursuivre avec elle notre prospection, de creuser des pistes, de compléter le puzzle des témoignages. Cela donne lieu à une seconde période de tournage, et à l’intervention d’un musicien chanteur qui compose des chansons et des musiques inspirées des images et des rencontres que nous avons effectuées.

Scène 2 : Une veillée poétique

A la fin de cette nouvelle période, nous montrons de nouveau l’avancée de notre recherche. Cette veillée, donne lieu à un film plus abouti où se mêle musique, chanson et vidéo. Elle est l’occasion de fortifier nos liens et d’en créer de nouveaux. Nous avons établi un story-board, un scénario avec des scènes de fiction qui s’entremêleront avec les différents témoignages déjà filmés. Nous proposons à des associations (écoles de musique, conservatoires, fanfares, groupes de danse, troupes amateurs, majorettes, chorales…) et aux différentes personnes rencontrées d’y participer.  

Acte 3 

Scène 1 : La fiction

Durant deux jours, au travers d’un tournage nous ouvrons un espace de participation, qui valorise les savoir-faire artistiques des habitants du territoire. Cette mise en place favorise également des rencontres entre des pratiques et des gens que nous avons rencontrés de façon séparée.

Les scènes, tournées sur l’espace public, poétisent le quotidien et génèrent de la curiosité. En outre, elles offrent une forte visibilité au projet.

Cette étape nous permet de jouer avec la réalité, elle apporte un contrepoint poétique au film qui, jusqu’à présent, se situait dans une démarche plus documentaire. Elle permet d’ouvrir d’autres horizons et d’autres réflexions qui sont parfois juste évoqués dans les témoignages.

Scène 2 : Un spectacle festif

Il est important pour nous que l’aboutissement du projet se déroule dans un cadre festif et convivial. Le film peut être projeté en clôture d’une fête (fête du quartier, kermesse, fête du village…). Il est monté en plusieurs morceaux, entrecoupés par des scènes et des interventions publiques. Cet ensemble forme un objet hybride, dans lequel se mêle théâtre, vidéo, musique, chant et interventions publiques : les comédiens interagissent avec les images projetées, des éléments du film se poursuivent sur scène, les personnes qu’on voit à l’image se retrouvent aux côtés des comédiens. Un musicien illustre le film avec des compositions qui sont jouées en direct avec des musiciens locaux, des refrains peuvent être repris par des chanteurs amateurs disséminés dans le publique. Une question posée dans le film peut, de la même manière, se répercuter dans la salle.

Ce que nous montrons, c’est une part de territoire, une œuvre collective, faite de multitude de morceaux que chacun a façonné au fil du temps. Mettre en lumière cette mécanique, n’a de sens que dans les participations qui y sont à l’œuvre.

Un enjeu de territoire

Toutes les ZOB que nous menons ont un objectif commun : trouver les espaces du vivre ensemble. Pour ce faire, elles s’appuient sur une méthode, une temporalité d’intervention et des outils artistiques : la vidéo, le théâtre, la musique. 

Mais une ZOB n’est en rien un projet clef en main, elle varie en fonction de la réalité du territoire et des personnes qui y vivent. Les enjeux changent d’un territoire à l’autre, parfois ils préexistent et parfois ils apparaissent au fur et à la mesure de nos rencontres. L’enquête artistique, dans ce qu’elle fait apparaître, peut aussi être l’occasion de tracer de nouveaux enjeux.

Une exploration sensible

Le territoire est le cadre principal de notre enquête : nous révélons des gens qui y habitent et la manière dont ils s’y inscrivent, les représentations qu’ils s’en font. Comme dans le théâtre classique l’enquête met en jeu une unité de lieu et de personnages. L’approche territoriale est à la fois ce qui fait lien (nous habitons un même territoire), mais aussi ce qui permet de mettre en jeu des diversités de points de vue, de vivre et d’agir. En fonction des personnes que nous filmons, des activités et des milieux qui sont les leurs, les lieux prennent des teintes et des aspects différents. Le territoire offre un dénominateur commun, un cadre qui met en jeu une multitude de points de vue, et de représentations.

Un jeu de sept familles

Comme des peintres, nous essayons de constituer une palette de couleurs originelles qui nous permettra d’explorer le territoire dans un ensemble de dimensions. Les personnes que nous choisissons de filmer appartiennent à des réalités différentes. Nous jouons sur les âges, les milieux d’appartenance, l’aspect natif ou pièce rapporté, les activités dans lesquels les personnes s’inscrivent : les lieux où ils vivent, où ils travaillent.

Nous ne sommes pas dans une approche quantitative de type micro-trottoir, qui se voudrait objective. Nous faisons le choix, au travers quelques portraits choisis, d’une approche sensible qui va de l’individu, avec son histoire personnelle, au collectif.  C’est bien des histoires particulières que nous explorons, des subjectivités qui en s’imbriquant les unes les autres, donnent à voir la complexité d’un territoire.  Au travers de ces portraits, nous jouons avec la façon dont chacun se représente le territoire sur lequel il vit.

La représentation que chacun se fait du territoire change en fonction de son histoire individuelle ou de la fonction qu’il occupe. Ainsi, une personne qui y a toujours vécu et y vit encore n’aura pas la même vision, qu’une personne qui, pour une raison ou une autre, y a emménagé. Cette représentation varie aussi en fonction de l’âge que l’on a, du travail que l’on fait, de l’implication qu’on est prêt à y donner.

De l’apparence à la complexité

Nous n’avons pas peur de commencer notre enquête par ce qui relève de l’évidence et des lieux communs propres à chaque territoire : la pipe à Saint Claude dans le Jura, les mines à Bruay, le maraîchage à Saulx, les rapatriés d’Algérie sur le quartier Lemasson. Ce n’est pas parce qu’ils seraient par trop apparents qu’ils n’auraient rien à nous raconter, à ceux d’ici et à nous, qui venons d’ailleurs. Ils représentent l’aspect visible de la mémoire et des traditions d’un lieu. Simplement, afin d’échapper aux images d’Épinal, qui ne disent que ce qu’elles montrent, nous essayons de trouver un angle d’approche qui les éclairera d’une autre façon. Cet éclairage renouvelé ne nous apparaît pas immédiatement, mais se construit progressivement au cours des différents témoignages.

L’art du montage permet des analogies. Par un jeu de résonances ou simplement par de petits déplacements, en jouant comme au billard sur les bandes et des percussions successives, nous déjouons des scénarios simplistes. Nous ouvrons d’autres imaginaires, nous allons de l’apparence à la complexité qu’elle renferme.

Territoires

Parc régional du haut jura

Ce projet a été mené en partenariat avec le Parc Régional et la région Bourgogne Franche comté

Bruay la Buissière

Ce projet a été mené en lien avec Culture commune.

Montpellier: Quartier Lemasson

Ce projet a été mené avec l’Atelline.

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